23/10/2019 - Interviews

ONOFF CREW : JOK & CRAPO

En avril 2019 et en partenariat avec SNCF GARES & CONNEXIONS, le crew français ONOFF a réalisé une fresque de 160 m2 à l’entrée Château-Landon de Paris Gare de l’Est. L’intervention de Jok et Crapo sur le mur surplombant l’entrée a permis la revalorisation de cet espace, jusque-là marqué par les dégradations et l’affichage sauvage. Entretien avec les deux artistes.

ONOFF x Q___36 - PARIS GARE DE L'EST

Retour en images sur la fresque haute en couleur du Onoff crew à l’entrée Château-Landon à Paris Gare de l'Est ! Ce projet artistique porté par Quai 36 et Gares & Connexions vient émerveiller le quotidien des voyageurs et riverains. 🎨Vidéo : TAC TAC studio

Publiée par Quai 36 sur Jeudi 2 mai 2019

Combien êtes-vous dans le ONOFF crew et comment vous êtes-vous rencontrés ?

JOK : Le crew a été fondé en 2005, on s’est rencontré à l’école d’art de Reims l’ESAD. À l'origine nous étions trois membres fondateurs : Crapo, Olson, et moi. Quelques années après l’école, on a intégré d’autres personnes. Aujourd’hui nous sommes une dizaine de personnes, basées dans différents pays (Canada, Allemagne, France).

Que signifie votre nom ONOFF et son logo ?

JOK : À cette période c’était l'essor de l’air du numérique avec les progrès technologiques que ça suppose. Comme on baignait dans cet univers, il nous a paru intéressant et ludique d'utiliser d'une manière ou d'une autre cette référence aux objets et accessoires qui comprennent une fonction "Marche" et "Arrêt". C'était notre façon d'interagir avec cet environnement numérique, de s'inscrire dans sa continuité.

CRAPO : Le logo a été conçu dans cette idée, on l’a changé au fil des années pour le personnifier, le rendre ludique et se l'approprier dans nos créations. Au départ on utilisait beaucoup le signe ON/OFF classique que tout le monde identifie, aujourd’hui il nous semble plus pertinent de le détourner et de se l’approprier davantage.

JOK : Le logo d'origine est un cercle coupé d'une ligne au milieu qui est très reconnaissable dans la vie de tous les jours : on en a fait notre marque de fabrique.

Comment avez-vous débuté dans le milieu de l’art urbain ?

JOK : Par la pratique du graffiti, des tags etc. Ensuite ça a évolué en fonction des expériences et des rencontres que l'on a chacun nourries et entretenues.

Est-ce la première fois que vous travaillez en duo (Jok et Crapo) ?

JOK : On se connaît depuis longtemps et on a fondé le crew ensemble avec Olson, donc on a eu de nombreuses occasions de travailler ensemble ! Que ce soit d'ailleurs pour des projets artistiques ou des collaborations plus "corporate" en dehors du cadre du crew, il nous arrive souvent de travailler ensemble.

À quel point vos styles sont complémentaires, différents ?

CRAPO : La différence de style est peut-être moins flagrante entre Jok et moi mais on la décèle facilement entre d’autres membres du crew. Limo, par exemple, signe un style davantage porté sur l'illustration. Avec Jok, notre travail est beaucoup plus porté sur la géométrie, le motif, les couleurs, le graphisme etc. Ça donne lieu à des créations plutôt homogènes, cohérentes graphiquement quand on peint à quatre mains et j'ai le sentiment que ça se ressent sur le mur, au moment du résultat final. D'ailleurs, on n'a pas attribué un rôle particulier à chacun : on a dessiné l’esquisse ensemble. Puis on l'a également réalisée intégralement ensemble.

La collaboration a donc commencé dès le travail d'esquisse... 

JOK : Oui, l’esquisse est réalisée ensemble : la mise en couleur, la cohésion, la logique générale sont le fruit d'une réflexion commune. Cette réflexion amène parfois des questions : on se les pose alors ensemble et on trouve les réponses ensemble. On réfléchit et on échange systématiquement sur les doutes de chacun.

CRAPO : Et de l’esquisse au mur, il y a forcément des ajustements. Par exemple, pour ce projet à Gare de l'Est, on a travaillé l’esquisse sur un format A3 et avec la mise à l'échelle de notre dessin, les proportions se sont vues légèrement modifiées sur le mur. Avec des projets d'une telle ampleur, il est primordial de pouvoir s'adapter facilement.

Le mur que vous venez d’investir avec Quai 36 à Château-Landon, était un mur très dégradé et complexe de par ses reliefs : comment avez-vous appréhendé ces complexités (esthétiquement et techniquement) ?

CRAPO : Techniquement on savait que le mur était préparé pour l’oeuvre, ensuite on a justement mis à profit la structure du mur pour aborder notre travail. On a donc volontairement utilisé cette matière complexe comme base de travail pour élaborer nos motifs géométriques en intégrant ces dernières de façon harmonieuse aux masses de la structure.

JOK : En fait on a tourné à notre avantage certains défauts ou contraintes architecturales pour en faire un outil de création, une grille de structure.

Que représente votre fresque, pouvez-vous nous donner deux trois repères pour la décrypter ?

JOK : On a eu l'occasion de proposer deux pistes de travail : une sur la thématique du voyage en cohérence avec le lieu investi et l'autre complètement libre. Quant à la création à proprement parler, le champ était libre avec notre propre exigence de proposer une oeuvre qui nous ressemble. On s'est alors amusé à imaginer des jeux de construction, de grilles, d’enchaînements d'éléments graphiques qui se répondent entre eux, on a voulu créer des rythmes visuels.

CRAPO :  Finalement, dans nos deux propositions on a intégré l’idée du voyage, qui nous paraissait essentielle étant donné le contexte du territoire. Alors que la première proposition était très typographique,  la seconde piste libre était beaucoup plus axée sur le contexte. On y retrouve donc l’idée du voyage incarnée par les motifs, les effets de vitesse, de rythme qui peuvent faire penser aux images qui défilent dans notre tête quand on voyage en train. L'aspect typographique se rapporte davantage au graffiti : là, on s’est servi de la structure pour créer une base et placer le nom du collectif sur toute la façade. C'est une référence au Wall Car : une pratique des années 70 (à la naissance du graffiti) qui consistait à peindre l’intégralité d’un wagon de train ou de métro. On trouvait ça intéressant de faire le parallèle avec la thématique de la gare.

Donc votre fresque représente le voyage ?

JOK : C’est une invitation visuelle au voyage, oui.

Comment s’est passé cette première collaboration avec Quai 36 ?

JOK : C'était une très belle collaboration, surtout en ce qui concerne la logistique et la production, on a rencontré aucun problème et c'est très agréable.

CRAPO : C’est génial de voir que l’équipe est aussi intéressée, on a eu de l’aide de tout le monde ainsi qu'une grande réactivité. Donc tout s’est passé à merveille !